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Interventions du dimanche

Interventions du dimanche

Parfois, je suis sapeur-pompier. Parfois j’ai des histoires à vous raconter. Récit de ma dernière garde…

Les interventions du dimanche, tu les aimes.

Ce dimanche, j’ai effectué une garde de 24 heures chez les pompiers. Et je dois dire que les interventions que j’ai pu effectuer me laissent perplexe sur plusieurs points… Voici donc quelques anecdotes de ce beau jour d’intervention…

Premier départ vers une maison de retraite pour un épanchement pleural. Tiens, qui a fait ce diagnostic ? Arrivé sur les lieux, personne pour nous ouvrir. On sonne, encore. Une voix douce se fit entendre : « qu’est-ce que c’est ? ». C’est les pompiers ! « Pour quoi faire ? » Surement pour vendre des calendriers ? Forcément, les transmissions ont l’air de bien passer encore une fois entre eux. Forcément, la porte ne s’ouvre pas et une infirmière sera donc obligée de venir nous ouvrir directement et sans se presser. Faut pas qu’elle tombe en ACR la petite dame hein, on n’est pas pressé nous.

Arrivé dans la chambre, on constate qu’elle a été mise sous O2, sat qui remonte difficilement, tirage et compagnie. Okay, on ne nous a pas forcément appelés pour rien. Au fait madame l’infirmière, qu’est-ce qui vous fait penser qu’elle fait un épanchement pleural juste en la voyant ? Je suis potentiellement intéressé. « Elle a fait la même chose en août, donc ça recommence. » Forcément ! Bref. On commence notre journée tranquillement…

Deuxième départ pour, dixit le motif sur le ticket, hémorragie grave et notion d’entorse du membre durant un match de foot. Chouette ! Un peu plus d’actions et de boulot. Arrivé sur les lieux, le monsieur nous attend à l’entrée avec un pansement au doigt. Premier recueil, il est tombé durant le match et a entendu « crac » puis a saigné. En passant, le bandage était bien réalisé, franchement. Mais on a dû le défaire pour voir ce qu’il y avait en dessous et là… alors qu’on pouvait s’attendre à une fracture ouverte, on découvre une plaie suturale et propre de 2 cm. On refait le pansement et on l’emmène. Et LA question de la journée tombe déjà dans notre tête au vu de l’intervention : « Et pas de voiture ou personne pour vous emmener ? ».

Troisième départ pour un diabétique qui présente un dextro à… 2.3g. Bon ok, allons-y… Sur place, homme de 30 ans, plutôt pale certes, qui a fait un malaise. Pourtant a bien mangé itout itout. Il refait son dextro devant moi qui est monté à 3.5g. Sous metformine, qu’il ne prend pas régulièrement selon sa femme, suivi pour son diabète au Portugal mais pas ici, pas de carnet de suivi non plus, bref on en saura pas plus. Et sinon toute la famille là : « personne n’a de voiture ou pour l’emmener ? ».

Retour caserne pour manger. Départ juste après, pas le temps d’avoir un petit repos dominical. Direction une personne ayant un flash dans l’œil ! J’adore ces raisons de départ. Une fois arrivé, monsieur nous attendait sur le pas de sa porte, habillé et près à partir. Attendez monsieur, on va rentrer et regarder avant de partir à l’hôpital, on n’est pas taxi. Il nous explique avoir eu la même chose cet été et le scanner avait révélé un AVC. Sans suite apporté… Donc vu que cela recommence, il préfère aller aux urgences. Notons qu’il avait une bonne tension, pas d’aphasie, aucun signe d’AVC visible, bonne symétrie des membres, etc… Tiens, je profite tant que madame est là : « vous avez une voiture ? Personne pour l’emmener ? ».

Autre départ qui suivra, pour une personne cardiaque ayant de fortes douleurs aux jambes. Petite phrase complémentaire : Départ SP suite à carence d’ambulance privée. Chouette, du transport ! Bref, monsieur avait effectivement un terrain sensible et des douleurs aux jambes, il avait d’ailleurs ce qu’il faut en médicament et avait un écho-doppler le lendemain mais un petit tour aux urgences le dimanche était selon lui nécessaire. Après moi, je dois avouer que je ne prends pas de risque avec les personnes ayant des pathologies cardiaques donc on va éviter la question ! « Personne n’a de voiture sinon ? ».

En rentrant, sur le chemin on a pu entendre que le fourgon et l’EPA étaient de sortie pour un feu de cuisine, ce ne fut pas très loin de là où on se trouvait. Pourquoi ne pas y faire un tour ? Non bon allez on rentre se repose en caserne. Trop tard, on est redirigé justement vers eux pour une personne intoxiquée ! Si ce n’est pas un signe.

Bon je ne vais pas rentrer non plus dans tous les détails mais pour une majorité, j’ai trouvé cela un peu abusé de venir saturer les urgences avec des cas non vitaux. Comme quoi, créer une unité pour ce genre de patient serait peut-être mieux adapté. Et appelé les pompiers alors qu’on peut soit même se rendre aux urgences ou se faire emmener par sa compagne ou un ami (si on ne souhaite pas appeler le médecin), je trouve cela aussi exagéré. Je me suis ouvert plusieurs fois dont le crâne, je n’ai pas fait appel aux pompiers, je me suis rendu moi-même aux urgences. Mon fils a fait une grosse poussée de boutons avec de la fièvre, je l’ai emmené aux urgences. Bref, les pompiers ne sont pas des ambulances privées. Ils sont là pour aider la population certes, on apporte notre soutien et on viendra toujours. Mais parfois il faut savoir se dire si c’est une urgence absolue ou une urgence relative…

D’ailleurs la dernière intervention, celle de 6h du matin pour une jeune fille ayant absorbé beaucoup de médicaments peut rentrer en compte. Une fois arrivé, elle se trouvait sur le canapé bien éveillé en déclarant pourtant avoir pris une trentaine de comprimé de Tercian. Pas la première fois apparemment, les parents s’inquiètent à juste titre ce qui est normal. Heure de la prise, minuit. On nous a appelés parce qu’elle avait du mal à se réveillé. Bon en même temps, une ado à 5h du matin a toujours du mal à se réveiller non ? Allez, on va prendre notre camion et on va l’emmener nous-même.

NB : Non, je n’ai pas dit directement aux gens s’ils avaient une voiture ou quelqu’un pour les accompagner, c’est juste le genre de chose qu’on se dit à chaque débriefing de retour d’interventions. Comme quoi on peut se le dire souvent… Et si vous avez vu de l’agacement ou un peu d’énervement dans cet article, c’est totalement involontaire de ma part. Juré.

A propos de Thibault Deschamps

Infirmier 2.0 - Je partage tout et rien mais cela n'engage que moi. Note: Article rédigé en collaboration avec l'entreprise citée

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Un commentaire

  1. Je pensais comme vous , mais un jour que mon bébé de 9 mois opéré de la tête a commencé à vomir et moi sans savoir quoi faire… j’ai appelé les pompiers! j’aurais pu l’emmener, mais je n’arrivais pas… Tellement paniquée! Et comme ça , il a eu une prise en charge rassurante et vite…

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