Dernières nouvelles
Accueil » Chroniques » Ma première fois…
Medicale

Ma première fois…

Je m’en souviens. Je pourrais en parler comme si c’était hier et pourtant je l’ai rencontré pour la première fois il y a quelques années maintenant…

J’assimile toujours cela à mon début de carrière d’infirmier, surement parce que durant les études infirmières je suis toujours passé à travers cette rencontre. Oh oui, je l’ai vécu d’une autre façon via des interventions avec les pompiers mais pas sur une prise en charge hospitalière. Surtout que je l’avais que croisé, passé après… Je n’avais jamais eu le temps de faire les présentations.

La première fois, j’étais du soir en service de soins de suite de cancérologie. Un merveilleux moment où tu es alors le seul infirmier dans le service, accompagné de deux aide-soignantes. On m’avait dit de me méfier, au début je ne savais pas sentir le moment où je la rencontrerais.

Ce soir là, hormis les autres patients, je m’occupe de cette dame. 60 ans tout au plus. La famille était présente ce jour-là, sur demande du médecin du service. Les aides-soignantes s’occupèrent de la patiente, je m’occupais de la famille. Ou plutôt, je les occupais… Triste chambre dont on avait baissé les volets pour atténuer les rayons du soleil qui transperçaient alors la chambre. Comme si la chambre n’était pas assez froide avec une ambiance pareil… La patiente était là  vivant avec ce qui rongeait ses deux poumons, des cheveux ondulés dorés, forte mais qui aujourd’hui préférait dormir… Elle était calme mais en demandait beaucoup à ses poumons. J’avais pour consigne de passer régulièrement prendre ses constantes. La seule chose qui m’avait traversé l’esprit est : « C’est ça mon boulot ? Prendre les constantes ? Je peux rien faire d’autres ?« 

Les trois enfants, deux femmes et un homme, me demandèrent qu’est-ce qu’il en fût de l’état de santé actuel de leur mère. Je n’ai pu que demander au médecin de les recevoir, surement parce que moi-même je ne savais pas à ce moment-là. Au fil de l’après-midi, rien n’eut lieu. Les enfants demandant ce qui s’était passé, ce qui se passait, ce qu’il va ce passer, quand ?

Vers la fin d’après-midi, je n’ai pas pu réussir. Pas pu réussir à prendre la tension au bras gauche.

– C’est normal ?
– Cela doit être le tensiomètre, je vais en chercher un autre.

Réponse de débutant. Le deuxième tensiomètre ne marchait pas plus. C’est là que je compris véritablement ce qui allait se passé. La famille ne l’avait pas compris, mais au vu de ma tête, je pense qu’ils se doutaient de quelque chose.

– Je reviens.
– Quelque chose ne va pas, c’est ça ?
– Je pense. Profitez de mon absence pour rester auprès d’elle, je pense qu’il est temps de montrer que vous êtes là et de dire quelques mots…

Me recroquevillant dans mon bureau infirmier, je téléphone au médecin resté dans son bureau.

– Tu peux monter pour la patiente de la chambre 412 ?
– Pourquoi ?
– Je n’arrive plus à prendre la tension, je pense que c’est pour maintenant.
– Et tu veux que je fasse quoi ? Je peux rien faire de plus.
 
Si, tu peux m’aider, tu peux montrer à la famille que le médecin est présent… Et tu peux m’assister également parce que bordel, je sais pas quoi faire !

Une fois arrivé, je l’accompagne alors dans la chambre. Il prit son stéthoscope pour écouter le cœur de la patiente… Je ne sais pas si ce fut juste mon imagination ou si je pouvais l’entendre, ce cœur qui battait et qui s’éloignait… Comme si c’était des bruits de pas qui s’éloignent, qui s’éloignent… Le médecin me regarda. Son regard voulait tout dire. Les enfants l’ont aussi compris. Leur mère venait de s’éloigner, définitivement. Je ne me rappelai pas forcément tout ce que j’ai pu dire cette après-midi ou quelles questions m’avaient posé les enfants… Mais je me souviens de ce que la fille m’a crié en pleure à ce moment-là :

– Vous le saviez tout à l’heure et vous nous avez rien dit !

Non je n’ai rien dit, oui je le savais qu’elle partait. Mais elle n’était pas encore parti quand j’étais là. Elle vivait encore. C’est pour cela que je vous avais dit de rester près d’elle, de lui parler, de lui dire que vous l’aimez. Non je n’ai pas employé le mot tant redouté, non je vous ai pas présenté la grande faucheuse, non je ne voulais pas que vous pleuriez devant elle.

C’était la première fois que je pris en charge un décès en tant qu’infirmier, c’est la première fois qu’une famille me criait dessus. C’est la première fois qu’on me présenta la mort.

A propos de Thibault Deschamps

Infirmier 2.0 - Je partage tout et rien mais cela n'engage que moi. Note: Article rédigé en collaboration avec l'entreprise citée

A Découvrir

Soleil

Le danger des coups de soleil

L’été, le soleil, la plage, le bronzage… Tout ceci vous fait rêver ? Pourtant, saviez-vous que …

Laisser un commentaire