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violence ordinaire aux urgences

Vous trouvez le temps long aux urgences ? Moi aussi.

Aux urgences, il n’est pas rare de se faire insulter. Parfois sans raison, parfois parce que le temps semble trop long. Parfois on se fait également frapper, parfois…

On en voit qui nous insultent, souvent alcoolisés. On absorbe, avec l’excuse que ce n’est pas leur faute, que l’alcool rend les gens stupides. Désormais, cette excuse, je ne l’admets plus que dans certains cas. Quand tu vas en boîte et que tu te retrouves à boire comme un trou pour finir aux urgences, tu n’as pas à faire ton malin dès ton arrivée, en insultant tout le monde. Tu aurais préféré finir au poste de Police ? On n’a pas demandé à ce que tu viennes, nous. On préférerait s’occuper de ceux qui souffrent.

On en voit qui nous insultent parce que le temps est long. Oui, il l’est pour nous aussi, mais petite différence nous avons 40 autres personnes à gérer en même temps, nous. Et les résultats de votre prise de sang ne sont pas immédiats et tomberont 2 heures après ! Et votre scanner ? Vous allez l’avoir oui, mais vous êtes 10 à en attendre un. C’est chacun son tour et il ne faut pas 5 minutes pour le faire ce scanner. Surtout quand des cas plus graves y sont envoyés rapidement, vous attendrez… Et nous avec vous, parce qu’on veut que vous l’ayez cette connerie de scanner ! Puis vous nous incendierez parce qu’on ne vous prend pas en charge assez rapidement, parce qu’on n’explique rien, ou parce qu’on est incompétents. Je vous répondrais alors que, forcément, j’en perds du temps à gérer ceux qui râlent ou nous insultent sans prendre la peine de nous écouter. On vous explique pourtant. Mais vous faites la sourde oreille. Et pendant ce temps, j’ai mon autre patiente qui attend que je vienne la prélever et qui perdra donc 10 minutes de plus. De précieuses minutes répercutées au niveau du laboratoire et donc de la suite de sa prise en charge… Tout ça multiplié par le nombre de patients. On devra en même temps courir après les médecins pour une prescription, aider nos collègues dans le besoin, répondre à ce satané téléphone, pousser les brancards à la radio, calmer ceux qui attendent encore plus longtemps parce qu’ils viennent simplement pour une consultation. Oui une consultation simple est longue aux urgences, c’est pour cela qu’on vous dit d’aller le voir votre médecin traitant ! Surtout quand vous avez mal à votre jambe depuis 3 semaines. Non pour nous, il ne s’agit pas d’une urgence. Mais pour les gens le mot « urgence » n’a plus le même sens qu’auparavant. Pour eux, c’est venir et repartir avec une ordonnance comme au fast-food. Oui mais voilà, vous êtes de plus en plus à le faire cela. Voilà ce qui engorge les urgences, vous ne comprenez toujours pas? Oui c’est long 3 heures aux urgences, on le sait déjà. Mais vous pouvez bien rester un peu non ? Nous vous savez, on reste 12h minimum et on revient plusieurs fois par semaine. Vous venez combien de fois ? (Si vous dites plusieurs fois, je vous recommanderais de choisir un médecin traitant et d’arrêter de dire que nous sommes mauvais. Pour revenir aussi souvent, c’est que vous l’appréciez notre prise en charge…).

On en a qu’on doit gérer, comme celui qui crie, hurle, crache et nous frappe même. Ou un autre, témoin de cette violence, mais qui osera néanmoins vous demander un verre d’eau, au même moment. C’est celui-ci que regarderez avec de gros yeux, tant sa demande vous parait hallucinante. Désolés d’être occupés, mais le verre attendra aussi. Ou celui qui exige d’être déplacé parce que le bruit l’insupporte… Sachez que nous aussi il nous insupporte.

Puis parfois, la nuit passée… Une fois rentré à la maison et le temps s’étant écoulé, on recevra une convocation au commissariat parce qu’un patient aura porté plainte contre nous. On ira un après-midi, au lieu de se reposer avant une nouvelle nuit. On passera du temps à répondre à des faits de violences. C’est long aussi le commissariat, vous avez vu, pour nous aussi c’est long… J’aurais préféré me reposer chez moi, profiter de mes proches. Mais non, au lieu de ça, je repars pour une nouvelle nuit, déjà fatigué, sali et heurté. Mais ça, vous vous en fichez.

Je suis soignant. Je m’occupe de vous, j’absorbe vos maux, vos reproches et votre colère. Mais moi qui s’occupe de moi ? En plus de mon travail, je dois répondre à des questions qu’un policier me posera parce que l’un d’entre vous est insatisfait de sa prise en charge. Parce que l’un d’entre vous ne comprendra pas qu’un jour dans sa vie on ait pu lui dire non. Je ne m’étendrai pas sur l’objet de la plainte. On vise juste la diffamation. Non parce qu’a priori, le patient a dû se croire dans une prison colombienne, dans une pièce isolée sans vêtement à se faire frapper régulièrement. Vous ne le saviez pas, vous, qu’aux urgences on pouvait torturer les gens s’ils venaient pour d’absurdes motifs ?

Et moi Monsieur, Madame, c’est à chaque garde que je suis fatigué de vous entendre nous crier dessus, de subir votre violence tant verbale que physique. Vous ne me subissez qu’un court moment aux urgences, mais vous devez surement vivre cela comme un mois chez votre belle-mère. Intéressante cette théorie de l’espace-temps d’ailleurs…

Et pourtant, malgré tout cela, je reviens… Pour vous.

A propos de Thibault Deschamps

Infirmier 2.0 - Je partage tout et rien mais cela n'engage que moi. Note: Article rédigé en collaboration avec l'entreprise citée

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Un commentaire

  1. Bonjour, c’est vrai que le temps paraît long aux urgences car comme son nom l’indique c’est pressant, ça doit être pris en charge sans attendre. Mais comment faire quand les cas se multiplient et que les analyses médicales nécessitent un certain temps ? Voilà le paradoxe du service des urgences. Vous faites un métier remarquable. Nous vous souhaitons du courage et de la réussite dans la suite de votre carrière.

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