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Allumer le feu !

Ce week-end de Pâques fut plus surprenant que d’habitude. On a même fini par penser qu’il devait y avoir la pleine lune, en fait non. Ce week-end, j’étais de garde le samedi et le dimanche, d’abord aux urgences pédiatriques puis au déchocage adulte.

On gère qui en pédiatrie ?

En pédiatrie, le plus surprenant sera du côté des parents cette nuit là. Je n’aborderai pas les différents cas rencontrés  (sutures, convulsions, brochettes de laryngite carabinées réduites à coup d’aérosol) mais plutôt les parents. Pour le premier cas, un enfant de 14 mois fait des convulsions sans fièvre associée. Dans ce cas, nous avons davantage géré les parents que l’enfant lui-même qui nous aura convulsé deux minutes sur toute la nuit. Mais les parents (au bord de la crise de nerfs ? Fatigués ? Paniqués ?) se montreront très expressifs durant la prise en charge. Paniqués, on l’est forcément quand il arrive quelque chose à son enfant, mais de là à exiger le « maitre » du service, vous savez le médecin au dessus du chef de service lui-même, de voir la mère se jeter contre le mur et finir à terre, puis de voir le mari faire son malaise… Nous avons été dépassés par cette prise en charge. On comprend les parents, on tente de les aider, sans succès. Nous avons essayé d’en faire repartir un au moins, pour s’occuper de leur aîné de 2 ans, resté à la maison. Nous sommes sortis nous aérer la tête sans succès. Ils finiront par voir l’équipe de psy pour au moins se « décharger » d’un trop plein d’émotions. Ils resteront dormir.

Deuxième cas, un petit bout de 3-4 ans amené par les grands-parents. La grand-mère fut formidable dès l’accueil, en exigeant de passer en priorité et en faisant des réflexions à peine arrivée aux urgences. Dans la salle d’attente, elle râlait déjà contre l’équipe qui ne l’a prenait pas tout de suite en charge, après tout son petit-fils ne respirait plus quoi ! L’enfant est tonique et souriant, je ne le vois pas s’étouffer… Lors de l’installation dans le box, j’eus le courage de dire au grand-parents qu’il fallait l’autorisation parentale signée pour les enfants mineurs. Il est 3h du matin… Forcément, la réaction de la grand-mère fut forte. Oui mais c’est la loi… Après l’aérosol du petit, il lui est demandé de patienter une heure, afin d’évaluer l’efficacité du traitement. Elle ne comprenait pas pourquoi, l’hôpital était devenu une prison subitement… Le sommet fut atteint lorsqu’on la vit arriver en salle de soins, pieds nus et ceinture défaite, laissant apparaître sa jolie culotte blanche, et nous demandant des explications Cela faisait 3 fois que le médecin présent tentait de l’informer,  sans aucune forme d’écoute de sa part.  Puis après 10 secondes de silence, une IDE lui demande alors, pour repartir sur de bonnes bases : « Expliquez-moi ce que vous voulez savoir madame ». Sa réponse fut  « Mais vous faites exprès de ne pas comprendre ! Vous êtes idiote ?« .  Bon là, j’avoue ça n’est pas passé et je me suis vu intervenir dans l’histoire en lui demandant son problème et son explication sur ce manque de respect pour traiter ainsi  ma collègue d’idiote. Bon et autant vous dire que l’autorisation, on pouvait s’assoir dessus car son gendre était parti à la neige avec son fils et que sa fille était sur répondeur . « Quand elle est sur répondeur, c’est qu’elle est avec son amant !« . Okay, okay.

Et sinon, au déchocage il se passe quoi ?

J’ai eu pas mal de cas ce week-end du côté de ma salle de déchocage adulte. Mais ce que je retiendrai surtout c’est la prise en charge d’un vigile qui s’est fait agressé. Coup de batte à l’arrière du crâne qu’il a plutôt bien encaissé mais surtout une plaie à la cuisse faite avec un cutter. Elle mesure près d’une vingtaine de centimètres de long pour 10 cm de large et bien profonde. Fort heureusement, pas hémorragique. Il avait  réussi à se trainer jusqu’à son pc sécurité avec cette entaille, courageux. Forcément le déballage/remballage du pansement a nécessité une titration en morphine. Il sera dès lors pris en charge en chirurgie pour passer au bloc dès le lendemain matin. Je n’aime vraiment pas les agressions gratuites telles que celle-ci.

Si vous vous rappelez le titre de cet article, vous vous dites « mais mince, c’est quoi le rapport ». On y vient les enfants, on y vient… Commençons par la nuit de samedi, l’arrivée à 5h du matin de deux jeunes (17 et 24 ans) s’étant brûlés au visage avec un feu de cheminée. En gros, dites-vous qu’ils ont tenté de ranimer les flammes en y balançant de l’essence. Vous imaginez le résultat. Brûlures au second degré pour les deux, avec de belles phlyctènes naissantes, une douleur atroce et… plus de sourcils ni de cheveux sur le devant. D’ailleurs, ils se soucieront bien plus de leurs sourcils que de la douleur elle-même. Pris en charge rapidement, linge mouillé sur le visage le temps de les perfuser et de les soulager, puis pansement en œuf de pâques pour les deux. Oui, en ce week-end de pâques, on est inspirés.

Et bien loi des séries ou pas, mais la nuit suivante (celle de dimanche si tu suis bien), j’ai reçu un autre brulé au visage ! Cette fois, il bricolait (oui à 3h du matin, un dimanche…), confiné dans une pièce avec émanation de colle et d’acétone. Forcément, lorsqu’il alluma sa ponceuse, l’étincelle produit une explosion qui lui souffla le visage. Il s’en est plutôt bien tiré avec des brulures au second degré. Même prise en charge et même pansement en œuf de pâques pour monsieur ! C’est rare les brûlures de ce type, même si les urgences de France les connaissent bien (surtout l’été avec les barbecues). Mais en gérer 3 sur deux nuits… Allez savoir.

PS : Pour information, je teste un nouveau genre d’article : « Les chroniques des urgences ». Au lieu de m’embêter à trouver une situation, j’ai décidé d’écrire des genres de chroniques sur mes gardes passées aux urgences. Faites moi savoir si cela est susceptible de vous plaire et si ce n’est pas trop long à lire. Sinon, je couperai le tout pour faire plusieurs articles…

PS 2 : Pour les photos de la plaie et des œufs de pâques, on repassera, question de législation, toussa toussa.

A propos de Thibault Deschamps

Infirmier 2.0 - Je partage tout et rien mais cela n'engage que moi. Note: Article rédigé en collaboration avec l'entreprise citée

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