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La porte ouverte aux chemises des patients

Chemise à l'hôpital

Revenons à mon article sur les « culs à l’air » et la pétition, la ferveur qu’à pris cette affaire sur les chemises à l’hôpital pour les patients.

Chemise d’hôpital, la porte ouverte

Dans mon précédent article, j’étais assez vigoureux et parfois énervé. Cela était surtout à l’encontre des médias qui ont repris l’affaire pour en faire un buzz (Quand on voit le blog tapageur de Morandini reprendre cette affaire en piquant le contenu de AlloDocteurs, c’est juste navrant). Non pas que je ne dis pas qu’il ne faut pas en parler, au moins cela aura justement permis d’ouvrir ce débat mais c’est juste de voir certains médias qui ne savent pas de quoi ils parlés juste taper des mots qui sont rageants.

Je mets de l’eau dans mon vin. En fait, je pense que mon problème vient du fait de ma propre vision. Tout comme vous avez votre propre vision pour me sortir que les chemises, c’est partout pareil. Moi dans mon service, pas de problème de chemise, comme je l’ai expliqué on ne la propose pas où on l’utilise pour des cas utiles. Et ayant également une vision en tant que patient, le cul à l’air, je peux également me permettre de l’ouvrir. M’étant retrouvé par deux fois en chirurgie pour me faire opérer, je me suis aussi retrouvé avec cette chemise mais bon c’est comme ça, je le comprenais. Par contre, je n’hésitais pas à mettre un caleçon ou même un jogging par la suite pour me protéger des visions néfastes de mon cul ! Cela est permis je vous le signale, l’hôpital ne le refuse pas.  Et pour mon transfert du lit au brancard, les brancardiers ont toujours respecter ma pudeur en me mettant un linge autour pour aller sur le brancard puis me recouvrir d’un deuxième drap. Alors soit, j’ai certainement eu de la chance…

Mais je comprends tout de même vos remarques, surtout avec ces satanées chemises de taille unique, etc… Mais attention, comprenez aussi que ces chemises ne sont pas là pour rien et sont d’une utilité dans notre prise en charge ! Par contre, là où je pointerais plutôt le doigt, c’est quand et comment est utilisé cette chemise ? Pour ma part, en chirurgie je la trouve nécessaire. Si vous voulez vous balader pour vous détendre les jambes en étant perfusé, vous avez le droit et la possibilité de quand même mettre un pantalon de pyjama ou de jogging, cela n’a jamais été refusé. Si on vous le refuse, alors là on porte atteinte à votre dignité.

Par contre, l’utilisation de cette chemise dans un service de moyen ou long séjour, de rééducation, de convalescence, etc.. Non elle n’est absolument pas justifiée et on devrait justement pointer ces services l’utilisant. Quel en est l’utilité ? Étant dans un service de moyen séjour et de convalescence, je n’en vois absolument pas l’utilité ! (À part pour des cas rares, de cas d’hyperthermie, etc.. Mais ils auront une chemise quelque temps, après on leur remet un pyjama). Ce que je dis aussi sur le vif du moment :

La chemise des patients comme elle est présentée, est pourtant bien présente dans bien des hôpitaux, dans bien des pays. Regardez donc vos séries américaines préférées, les patients ont la même chemise. Pourquoi ? La réponse est pourtant dans les séries ! Vous les voyez être en arrêt, on enlève facilement la chemise, on a besoin de faire une écho rapido, on enlève la chemise, on a besoin de faire un ECG, le scoper ou tout autre, on enlève la chemise. Cette foutue chemise est bien utile alors.

En chirurgie, après votre opération, vous avez un énorme pansement au torse, à l’abdomen, ou même ailleurs, vous êtes je pense content d’avoir cette simple chemise qu’un tee-shirt a enlevée et qui vous fait mal. Et puis, je vous connais, si je mets une tache de betadine sur votre jogging ou votre pyjama, vous allez me râler dessus alors que notre chemise d’hôpital, vous vous en ficherez.

C’est pourquoi je vous demanderai de remplir cette petite enquête intéressante et que farfadoc a créé pour justement comprendre où et quand est utilisé cette chemise :  Enquête – Quelle chemise d’hôpital dans quel établissement?

Il est sur que certains soignants font attention mais il est sur aussi que certains soignants ont pris pour habitude de voir leurs patients dans leur simple appareil. Dommage alors.

Quelques exemples vu sur internet dans les commentaires (blog, presse, etc…) :

« … l’ambulance a déposé la mamie avec perfusion et chemise ouverte dans ma salle d’attente et mon cabinet se trouve dans une rue commerçante ! » Dans ce cas, ceci est inexcusable, tant pour le service qui l’a laissé partir et tant par les ambulanciers eux-même. Par respect et par pudeur, on doit habiller les patients lorsqu’ils se font transporter à l’extérieur ! Pour un transport vers les urgences, le minimum est de mettre un caleçon ou une culotte et un bas de pyjama en plus de la chemise.

« Je pense que des vêtements adaptés au cas du malade doivent être utilisés. Pas un modèle mais plusieurs suivants la nécessité » Tout à fait, je pense même que la chemise doit être utilisée dans tel cas, on doit se poser la question et non leur donner la chemise et repartir.

« L’exemple de la maternité revient souvent« . Là je ne peux vraiment m’exprimer. Je n’ai jamais travaillé en maternité et ma femme va rentrer en maternité dans un mois, là je vous dirais alors ce qu’il en est 😉

« Comme je l’ai dit plus haut, plusieurs sortes de vêtements de convalescences devraient être proposés afin de pouvoir répondre aux besoins de chacun. Vous ne trouverez de “contre” que dans la sphère économique du système. » Non. On ne parle absolument pas de la sphère économique et cela n’a rien avoir. Le coût d’une chemise est ridicule, même si on devait modifier et mettre la couture sur le côté. Oui plusieurs tailles devraient exister mais surtout, il faut plutôt se dire qu’en convalescence on a le droit et on doit utiliser ses propres affaires, son propre pyjama, etc… En aucun cas dans mon service durant leur convalescence, je mets la chemise à mes patients.

« La chemise, c’est un début, mais il faut voir plus grand et réclamer la suppression des chambres à deux lits, voire trois en période d’affluence hospitalière… » Oui c’est un début la chemise, c’est ce qu’on disait, il y a plus important ailleurs. Par contre, la suppression des chambres à deux lits, cela n’est pas envisageable, pardon… Sinon on prendrait beaucoup moins de patient. Prenons exemple, dans mon service, 15 chambres individuelles et 7 chambres doubles, donc 30 patients. Si je modifie mes chambres doubles par des chambres individuels, ma capacité d’accueil est donc de 22 patients. Que vont alors dire les 8 autres patients ? On ne peut pas créé une aile en plus pour leur faire leurs 8 chambres vous savez…

« Mon fils de 8 ans était hospitalisé pour la journée dans une chambre à trois lits (…) il se lève, avec la fameuse chemise, pour aller aux toilettes. Là je vois son voisin de lit entre 55-60 ans ,d’origine maghrébine, très désagréable auparavant avec une infirmière aimable, se redresser et suivre avec des yeux exorbités l’entrebâillement du vêtement. »  Oui, là c’est choquant. Par contre ce qui me choque surtout c’est de mettre dans la même chambre un enfant de 8 ans avec un adulte de 55 ans. Ce n’est pas normal, les enfants avec les enfants, les adultes avec les adultes.

« Moi j’ai été en chirurgie avec cette chemise car j’étais perfusé et j’ai voulu me dégourdir les jambes, je vous laisse imaginer moi et cette foutue chemise dans le couloir ! » Mais moi aussi monsieur j’ai été dans ce cas-là, et moi aussi j’ai voulu me dégourdir les jambes alors j’ai mis un caleçon et un pantalon ! Le problème peut-être en France c’est que vous êtes souvent assisté et qu’il faut vous dire que vous avez le droit de porter un pantalon, pensez un peu plus et foutez un pantalon, la chemise n’est pas une barrière à votre pudeur.

Etc, etc… Oui la pudeur est primordiale et c’est au soignant de la faire respecter et non à la chemise qui elle, est utile. N’hésitez pas à leur dire. Mais sachez aussi que cela va aussi dans l’autre sens et vous dire que vous avez parfaitement le droit de mettre un bas ou un caleçon. Si on vous le refuse, demandez la raison et enfilez votre bas de pantalon quand même. 😉

Pour ma part, j’ai réfléchi pas mal à cette question, cela a finalement du bon de se remettre en question même si je reste sceptique sur certains points. D’ailleurs, pour fêter cela, je me suis inscrit à une formation en septembre sur l’éthique à l’hôpital, on commencera par là…

A propos de Thibault Deschamps

Infirmier 2.0 - Je partage tout et rien mais cela n'engage que moi. Note: Article rédigé en collaboration avec l'entreprise citée

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Un commentaire

  1. Bonjour !
    Je suis tout à fait d’accord sur de nombreux points des deux articles.

    Kinésithérapeute, je ne prétend pas être en mesure de juger de l’intérêt réel de ces chemises pour ceux qui les utilisent le plus au quotidien à savoir IDE et AS.

    Les réactions sur le net sont multiples et variées et je crois que vous avez raison sur un point essentiel. On réagit à cette pétition différemment selon son histoire personnelle et professionnelle.

    Je travaille dans un hôpital où à la louche 70% des patients que je rencontre portent cette chemise. Patients âgés et/où isolés à qui on donne cette chemise quand leur linge est sale mais on ne peut leur donner plus. Patients dont la pathologie aïgue est traitée mais qui restent en chemise pour quelques jours de convalescence supplémentaire chez nous.

    Je suis effarée par le 8% cité ici et je comprend d’autant plus votre réaction initiale qui aurait probablement été mienne dans le même contexte. Et je suis heureuse de voir que ce n’est pas pareil partout. Et un peu déçue de bosser dans un hôpital un peu en retard peut-être !

    Merci pour vos mots qui nuancent bien le problème, merci de râler de façon honnête et constructive pour que l’ensemble puisse avancer !

    Bonne journée !

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