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Quand tu es ESI et que tu es bourré

Je ne vais peut-être pas me faire des amis parmi les étudiants infirmiers mais tant pis. On l’a été, je me suis déjà auto-critiqué et le contraire se fait aussi.

Quand on travaille aux urgences, on tombera forcément un jour sur des patients qui sont médecins, infirmiers, étudiants infirmiers… Vous m’aurez compris, qui sont dans le même domaine que le vôtre. 40% ne diront rien, 40% n’hésiterons pas à vous le chuchotez et 10% se cacheront derrière ce beau statut. Si parmi ses 10%, tu es une étudiante infirmière alors je t’encourage vivement à te taire. Sérieusement.

Par exemple, dernièrement on a eu une jeune fille de 20 ans, complètement alcoolisée. Encore. Elle fut plutôt calme au départ malgré quelques pleures et avec plus de 2 grammes d’alcool la prise en charge se fait donc tranquillement. On apprend dès lors qu’elle est étudiante infirmière, on en sourit. Après tout, beaucoup d’entre nous a déjà été bourrer durant nos études, pourquoi s’en cacher ? (Même après d’ailleurs…) Et à celle prônant l’abstinence de l’œsophage, sachez quand même qu’on ne signe pas un contrat pour devenir Saint à l’entrée en IFSI. Par la suite, ma collègue l’installe dans le box, tout va toujours bien. Elle prépare son chariot pour la perfuser et j’ai un doute. J’en ai parfois lorsque je vois la tête d’un patient, son regard… Cela dure quelques secondes.

Puis j’entends une sonnette. Je ne cherche même pas à me renseigner à savoir lequel des 13 box s’est mis à sonner que je sais qu’il faut que je me dirige vers le box de cette patiente. On peut d’ailleurs voir votre collègue ouvrir la porte et disant d’un air blasé : « elle se débat…« . Pourquoi cela ne me surprend pas ? Après tout, la moitié des patients alcoolisés refusent la perfusion (qui sert à les réhydrater avec un cocktail de vitamines et peut également servir en cas de profond coma éthylique). Pourtant même alcoolisés, quand tu tente de les raisonner, ils acceptent. Bon forcément, pas tout le temps car il y a bien entendu les irréductibles. Il faut savoir qu’on a le droit de refuser un soin ou une prise en charge, mais quand on est alcoolisé vous n’avez pas forcément le choix partant du principe que vous n’avez plus votre capacité de raisonnement à ce moment-là.

Donc revenons à notre étudiante alcoolisée refusant le soin. Il est rare que je m’énerve, beaucoup vous le dirons. Mais elle, elle a réussi. Arguant le fait qu’elle soit étudiante infirmière, qu’elle connaît ce qu’on va lui faire et se réserve le droit de refuser en tant qu’étudiante. On lui explique que non, elle se débat, frappe et tente même de me mordre. On décide de l’attacher avec des contentions souples par sécurité tant pour elle que pour nous. Elle argue une nouvelle fois le fait d’être étudiante infirmière et précise que nous n’avons pas le droit d’attacher les gens. : « Vous n’avez pas le droit ! J’ai fait un stage en psychiatrie et il n’y a que là-bas qu’on peut attacher !« … Et c’est reparti avec son statut d’étudiante infirmière qu’elle ne cesse de nous crier aux oreilles et maintenant on a le droit à son (pauvre) parcours de stages. Franchement, je ne compte plus les fois où elle nous a fait comprendre qu’elle était une étudiante. Mais plus tu insistes, plus tu t’enfonces.

Sauf que jeune fille, quand tu es dans cet état, il vaut mieux parfois se la fermer. Dire qu’on est ESI ne dérange pas, mais prétexter et se cacher derrière ce statut, là ça me dérange. Pendant qu’on l’avait attaché, je lui ai seulement dit une chose en la regardant droit dans ses pupilles dilatées : « Écoute, on a compris que tu étais ESI. On t’explique que la procédure est faite ainsi et tu vas pas la réécrire. Tu es peut-être ESI mais là tu parles à des infirmiers qui ont plusieurs années d’expérience dans ce métier. Toi pour l’instant tu n’es rien, alors laisse-toi soigner et calme toi. »

Sérieusement, je suis conscient que l’alcool n’aide pas et que les gens peuvent alors dire n’importe quoi. Justement ils sont désinhibés et ce qu’ils peuvent dire ou faire est une triste réalité. De plus, je ne tape pas forcément les ESI, elle aurait pu être d’ailleurs une infirmière diplômée Mais le fait est que justement tu es étudiante infirmière donc tu dois assumer ce que tu peux dire ou faire. Même si tu as l’air débile sur le moment.

A propos de Thibault Deschamps

Infirmier 2.0 - Je partage tout et rien mais cela n'engage que moi. Note: Article rédigé en collaboration avec l'entreprise citée

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Un commentaire

  1. Et en plus c’est le meilleur moyen pour elle de se faire griller sur ses futurs stages… On est quand même dans un des métiers qui « parlent » le plus. Des gens que je ne connais même pas savent à peu près tout mon parcours et même des anecdotes, juste par le bouche-à-oreille. Encore heureux que je n’ai jamais fini aux urgences !

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